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EBU R128 et livraison PAD : le loudness de la télévision française

La cible -23 LUFS, le true peak, et ce que la livraison PAD française exige vraiment.

Par Hanna Eng·Ingénieure du son, diplômée de l'Abbey Road Institute Paris

Mis à jour le 21 juin 202610 min de lecture
Fait partie de : Post-production sonore

La télévision se cale sur la norme EBU R128 : un loudness intégré de -23 LUFS (tolérance ±1 LU) et un true peak à -1 dBTP maximum. Mais la livraison PAD en France va plus loin : la recommandation CST-RT-040 garde le -23 LUFS et impose un true peak plus strict, à -3 dBTP, en 48 kHz et 24 bits. Ne confondez pas les deux : -1 dBTP est la limite EBU de production, -3 dBTP est le plafond exigé à la livraison PAD française.

Quand une émission, un documentaire ou une pub passe à la télévision française, son niveau sonore n'est pas une question de goût : c'est une norme, et un fichier hors norme est refusé à la livraison. Deux cadres se superposent : la norme européenne EBU R128, qui fixe le loudness à -23 LUFS, et la livraison PAD (prêt à diffuser), qui ajoute les exigences techniques françaises de la CST. La plupart des erreurs viennent de leur confusion. Voici ce que chacune demande, avec les bons chiffres.

EBU R128 et livraison PAD française : les chiffres

ParamètreEBU R128Livraison PAD (CST-RT-040)
Loudness intégré-23 LUFS-23 LUFS (±1 LU, programmes de plus de 2 min)
True peak maximum-1 dBTP-3 dBTP
Loudness range (LRA)mesure indicativesous 20 LU (programmes longs)
Fréquence d'échantillonnagenon fixée48 kHz
Profondeur de bitsnon fixée24 bits (PCM linéaire)
Algorithme de mesureITU-R BS.1770ITU-R BS.1770

Sources : EBU R128 (tech.ebu.ch) ; CST-RT-040-TV v1.2 (ficam.fr).

Le loudness, pas la crête : ce que mesure le LUFS

Un fichier peut afficher des crêtes bien gérées et sonner pourtant trop fort, ou trop faible, à l'oreille. La crête (dBFS) mesure le plus haut échantillon ; le loudness (LUFS) mesure la sonie perçue sur la durée, pondérée comme l'oreille entend. La télévision se règle sur le loudness, pas sur la crête : c'est ce qui empêche une pub de hurler juste après un documentaire calme.

LUFS et dBFS ne sont donc pas interchangeables. On vise une cible de loudness pour l'homogénéité entre les programmes, et on garde un plafond de crête pour éviter la distorsion à la conversion. R128 fixe les deux.

EBU R128 : -23 LUFS, true peak et fenêtres de mesure

La norme européenne EBU R128 fixe la cible : un loudness intégré de -23 LUFS, mesuré sur l'ensemble du programme. La tolérance normale est de ±0,5 LU ; elle est élargie à ±1 LU quand la cible exacte n'est pas atteignable, en direct par exemple. Une marge supplémentaire de ±0,2 LU est admise pour l'incertitude de mesure. Le true peak ne doit pas dépasser -1 dBTP en production.

La mesure se lit sur trois fenêtres : momentané (400 ms), court terme (3 s) et intégré (tout le programme). Le calcul applique une porte qui ignore les silences : une porte absolue à -70 LUFS et une porte relative 10 LU sous le niveau moyen. L'algorithme sous-jacent est l'ITU-R BS.1770. Côté documents, R128 est la recommandation, complétée par l'EBU Tech 3341 (le mode de mesure dit EBU Mode), le 3342 (le loudness range) et le 3343 (les guides de production).

La livraison PAD : ce que la CST exige en plus

En France, livrer pour la télévision ne s'arrête pas à R128. Le fichier final, le PAD (prêt à diffuser), doit respecter la recommandation technique de la CST, le document CST-RT-040 pour les livraisons en fichier. Il reprend le -23 LUFS (±1 LU pour les programmes de plus de deux minutes) et ajoute ses propres contraintes : un loudness range sous 20 LU sur les programmes longs, un fichier en 48 kHz et 24 bits.

Le cadre est réglementaire, pas seulement technique : la délibération du CSA, devenu l'Arcom, du 19 juillet 2011 a rendu le -23 LUFS obligatoire pour les programmes et les publicités de la télévision française. Un PAD hors norme n'est pas un détail de finition, c'est un motif de refus.

-1 ou -3 dBTP ? l'erreur à ne pas commettre

C'est le piège le plus fréquent, et la raison d'être de cette page. EBU R128 autorise un true peak jusqu'à -1 dBTP en production. Mais la livraison PAD française, elle, exige un plafond plus strict : -3 dBTP. Les deux chiffres sont justes, simplement pour deux contextes différents.

Pourquoi -3 et pas -1 à la livraison ? Parce que le fichier va encore être encodé puis diffusé en aval, et chaque étape peut faire remonter les crêtes. La marge supplémentaire protège le signal jusqu'à l'antenne. Concrètement : on mixe en respectant R128, mais on livre un PAD français à -3 dBTP, pas -1. Confondre les deux fait recaler le fichier.

Le mapping des pistes et les versions

Un PAD n'est pas qu'un niveau, c'est aussi une organisation de pistes précise. La CST-RT-040 fixe le placement : une mono sur deux pistes identiques et en phase, une stéréo avec la gauche sur les pistes impaires et la droite sur les paires, un 5.1 selon l'allocation de canaux ITU-R BS.775. S'ajoutent les versions attendues par la chaîne : version française, version multilingue, version audiodécrite.

Un signal d'alignement à 1 kHz, calé à -18 dBFS, ouvre le fichier comme référence. Ces détails paraissent secondaires ; ils font pourtant partie des motifs de refus les plus courants, au même titre que le loudness.

Programmes courts ou longs : la règle change

La norme ne traite pas un spot de trente secondes comme un documentaire de cinquante-deux minutes. Pour un programme long, plus de deux minutes, on vise -23 LUFS avec la tolérance de ±1 LU et un loudness range maîtrisé. Pour un programme court, deux minutes ou moins, la mesure intégrée devient instable, alors le PAD encadre plutôt le court terme : le maximum short-term reste sous -20 LUFS.

En clair : une pub se règle au plus juste sur sa courte durée, un long programme se règle sur sa moyenne. Viser la même chose dans les deux cas est une erreur de méthode.

Broadcast ou streaming : ne pas re-cibler

Un master pour la télévision vit à -23 LUFS. Un master pour le streaming vit plus fort : Spotify normalise autour de -14 LUFS, Apple Music et les podcasts autour de -16 LUFS. Ce n'est pas une contradiction, ce sont deux mondes.

L'erreur serait de prendre un PAD à -23 LUFS et de le pousser pour le mettre en ligne, ou l'inverse. Chaque destination a sa cible ; on part du mix et on cale le loudness à la livraison, une fois par destination. Pour le détail des cibles streaming, le guide loudness dédié va plus loin.

Mesurer et livrer proprement

Je mesure avec un loudness-mètre conforme EBU Mode, sur tout le programme et pas sur un passage isolé : c'est le loudness intégré qui compte. Pro Tools comme DaVinci Resolve (Fairlight) en proposent un. Le déroulé est toujours le même : mixer, mesurer l'intégré, ajuster le niveau global, vérifier le true peak, puis exporter au format exigé.

Nettoyer d'abord, mixer ensuite, caler le loudness en dernier : jamais l'inverse. Et quand je fais à la fois le son et l'image, le PAD sort dans les mêmes mains, sans aller-retour qui dégrade le fichier.

Questions fréquentes

Quel loudness pour la télévision française ?

Un loudness intégré de -23 LUFS, selon la norme EBU R128, avec une tolérance de ±1 LU sur les programmes de plus de deux minutes. C'est une obligation réglementaire en France depuis la délibération du CSA, devenu l'Arcom, du 19 juillet 2011.

Quel true peak pour un PAD français ?

-3 dBTP, et non -1 dBTP. EBU R128 fixe -1 dBTP comme limite de production, mais la livraison PAD française (CST-RT-040) exige un plafond plus strict à -3 dBTP, pour garder une marge avant l'encodage et la diffusion. C'est l'erreur la plus courante à la livraison.

Quelle différence entre EBU R128 et le PAD ?

EBU R128 est la norme européenne de loudness (-23 LUFS, -1 dBTP). Le PAD est la livraison française : il reprend R128 et ajoute les exigences de la CST (true peak -3 dBTP, 48 kHz / 24 bits, mapping des pistes, versions). Tout PAD respecte R128, mais R128 seul ne suffit pas pour un PAD.

PAD veut dire quoi ?

Prêt À Diffuser : le master final, image étalonnée et son mixé, conformé selon les exigences techniques de la chaîne et livré pour diffusion. Un fichier qui ne respecte pas les normes PAD est refusé avant même la validation éditoriale.

Pourquoi -23 LUFS en TV et -14 LUFS sur Spotify ?

Ce sont deux contextes. La télévision normalise à -23 LUFS pour préserver la dynamique, et c'est mandaté. Les plateformes de streaming normalisent à la lecture, plus fort : autour de -14 LUFS pour Spotify, -16 LUFS pour Apple Music et les podcasts. On ne re-cible pas un master TV pour le streaming.

Comment mesurer le loudness intégré ?

Avec un loudness-mètre conforme EBU Mode, sur tout le programme et non sur un passage isolé. Le calcul applique une porte qui ignore les silences (porte absolue à -70 LUFS, porte relative 10 LU sous la moyenne). Pro Tools et DaVinci Resolve (Fairlight) intègrent ce type de mesure.

Quel format de fichier pour un PAD ?

Le son est livré en 48 kHz et 24 bits (PCM linéaire), selon CST-RT-040, avec le mapping de pistes exigé et un signal d'alignement à 1 kHz / -18 dBFS. Confirmez toujours la fiche technique exacte de la chaîne, qui peut préciser le conteneur et la version vidéo.

Sources et références

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