Montage vidéo

Le dérushage expliqué : tri des rushs, sélection et méthode DaVinci Resolve

La première étape du montage. Ce que c'est, pourquoi elle décide de tout le montage, et une méthode DaVinci Resolve pour dérusher vite sans rien rater d'utilisable.

Par Hanna Eng·Monteuse vidéo, diplômée du Conservatoire libre du cinéma français

Mis à jour le 2 juin 20269 min de lecture
Fait partie de : Post-production vidéo

Le dérushage est la première étape du montage : il consiste à visionner ses rushs, c'est-à-dire les images brutes issues du tournage, puis à sélectionner, nommer et organiser celles que l'on garde avant de commencer le montage. Bien fait, il transforme un tas d'images chaotique en une banque de plans rapide et consultable.

Tout montage commence avec bien plus de rushs qu'on ne peut en garder en tête. Avant de raconter quoi que ce soit, cette matière brute doit être maîtrisée : visionnée, triée et organisée pour que les bons plans soient retrouvables en quelques secondes. Cette étape porte un nom, le dérushage, et la qualité avec laquelle elle est faite décide en silence de la vitesse et de la qualité du montage.

Le dérushage en quatre étapes

ÉtapeCe que vous faites
1. Importer et nommerUn seul projet, une nomenclature claire, des dossiers par jour, caméra ou scène.
2. Visionner et déciderUne passe par plan : à garder, peut-être ou à écarter. Pas de trim précis pour l'instant.
3. Marquer les sélectsPoints d'entrée et de sortie, enregistrés en sous-clips ou repérés par drapeaux.
4. Trier et étiqueterChutiers par scène, couleurs par statut, mots-clés et métadonnées pour la recherche.

Qu'est-ce que le dérushage ?

Le dérushage est un terme de montage français. Le « rush » désigne l'ensemble des images brutes enregistrées au tournage ; le dérushage est le travail qui consiste à visionner cette matière puis à sélectionner, nommer et organiser ce qui mérite d'être gardé.

C'est toujours la première vraie étape de la post-production, avant de monter la moindre séquence. Sans lui, on monte en faisant défiler des heures de rushs. Bien fait, chaque plan utilisable est à une recherche de distance.

Pourquoi le dérushage décide du montage

On ne monte que ce qu'on retrouve. Un documentaire ou un film de marque peut générer dix à cinquante fois plus d'images que la durée finale, et rien n'est étiqueté. Sans passe de dérushage, cette matière est un mur qu'on escalade à chaque plan cherché.

Un bon dérushage concentre la réflexion au bon moment : on décide une fois ce qui est bon, douteux ou inutilisable, pendant que la matière est fraîche, au lieu de re-décider à chaque passe. Le montage avance alors au rythme de l'histoire, pas du défilement.

Dérushage et montage : deux métiers différents

Le dérushage, c'est la sélection et l'organisation. Le montage, c'est l'assemblage et la narration. Mêmes logiciels, questions différentes : le dérushage demande « qu'est-ce que j'ai et est-ce utilisable », le montage demande « quoi va où et pourquoi ».

Les garder séparés est ce qui rend les deux rapides. Vouloir construire le montage alors qu'on découvre encore les rushs est une cause fréquente d'un premier bout-à-bout bien plus long que prévu.

Les étapes d'un dérushage méthodique

Importer et nommer d'abord. Tout réunir dans un seul projet et donner aux plans, aux chutiers et au projet une nomenclature claire et cohérente avant de visionner. Des dossiers par jour de tournage, caméra ou scène font gagner des heures ensuite.

Visionner une fois, décider au fil de l'eau. Lire chaque plan à un rythme confortable et le juger dès la première passe : à garder, peut-être ou à écarter. Inutile de trimmer précisément maintenant : il suffit de savoir que le plan existe et où se trouve le bon moment.

Marquer les sélects. Poser des points d'entrée et de sortie sur les passages probables et les enregistrer en sous-clips, ou repérer les moments par des drapeaux. C'est là que le défilement devient une courte liste consultable de morceaux utilisables.

Trier et étiqueter. Regrouper les sélects en chutiers par scène ou par thème, coder par couleur selon le statut, et ajouter des mots-clés ou des métadonnées (intervenant, lieu, sujet) pour rappeler en un clic tous les plans pertinents.

Comment dérusher dans DaVinci Resolve

DaVinci Resolve réunit tout ce dont le dérushage a besoin dans le Media Pool et sur la page Cut. On crée un chutier par scène ou par jour de tournage, puis on utilise les drapeaux et les couleurs de clip pour un système à garder, peut-être, à écarter, lisible d'un coup d'œil.

On ajoute mots-clés et métadonnées au visionnage, puis les Smart Bins regroupent les plans automatiquement selon ces règles : un chutier « interview, intervenant A, utilisable » se remplit seul, sans déplacer un fichier. On enregistre les sélections d'entrée et de sortie en sous-clips, et la détection de plans (Scene Cut Detection) redécoupe une vidéo déjà montée ou aplatie en ses plans d'origine, en détectant les coupures franches existantes, pratique pour récupérer un export sans projet mais inutile sur des rushs continus.

Le tableau ci-dessous associe chaque outil à son usage.

OutilÀ quoi ça sert
Chutiers (Media Pool)Dossiers qui regroupent les plans par scène, jour de tournage, caméra ou thème.
Smart Bins (chutiers intelligents)Regroupent les plans automatiquement selon des règles (mot-clé, drapeau, date), sans déplacer les fichiers.
DrapeauxRepères visuels en un clic pour marquer les sélects et les thèmes récurrents.
Couleurs de clipCodent les plans par statut : à garder, peut-être, à écarter, ou par catégorie.
Mots-clésÉtiquettes cherchables qui alimentent les Smart Bins et le filtrage rapide.
Sous-clipsSélections d'entrée et de sortie enregistrées comme un plan court à part.
MétadonnéesScène, plan, prise, notes et timecode pour la recherche et la conformation.
Détection de plans (Scene Cut Detection)Redécoupe une vidéo déjà montée ou aplatie en ses plans d'origine en détectant les coupures franches existantes (pas pour les rushes continus).

Blackmagic Design, formation DaVinci Resolve (officiel)

Comment dérusher plus vite sans rien rater

La vitesse au dérushage vient d'un système, pas du fait de moins regarder. On s'impose une seule passe de décision : la première fois qu'on voit un plan est celle où on le marque, pour ne jamais revisionner deux fois la même image.

On utilise un code fixe de couleurs et de drapeaux, par exemple vert pour à garder et jaune pour peut-être, et on apprend les raccourcis d'entrée et de sortie pour que l'étiquetage ne casse jamais le rythme. Le trim précis attend le montage : le dérushage n'a qu'à trouver et étiqueter les bons passages.

Repérer les problèmes de son au dérushage

Parce que la même personne s'occupe ici de l'image et du son, le dérushage est aussi le moment où les problèmes de son se repèrent tôt. Au fil du tri, on marque les plans avec du bruit de fond, de la saturation, du vent ou des niveaux irréguliers.

Les attraper dès le dérushage, c'est anticiper le nettoyage de la voix dans iZotope RX et le mixage final au lieu de les découvrir à la dernière minute. Cela indique aussi quelles prises sont inutilisables côté son même si l'image est parfaite, avant de construire une scène autour d'elles.

Les erreurs fréquentes au dérushage

Les erreurs coûteuses sont d'organisation, pas de technique : pas de nomenclature, donc rien n'est cherchable ; revisionner les mêmes rushs à chaque passe au lieu de décider une fois ; ne jamais rien écarter, si bien que la pile des « peut-être » est aussi grosse que les rushs ; et sauter les métadonnées, ce qui tue les Smart Bins et toute conformation ultérieure.

Chacune ajoute discrètement des heures au montage. Un système cohérent fixé dès le début du dérushage est le temps le moins cher qu'on achètera jamais sur un projet.

Questions fréquentes

C'est quoi dérusher ?

Dérusher, c'est visionner ses rushs (les images brutes du tournage) puis sélectionner, nommer et organiser les passages utilisables avant le montage. C'est la première étape de la post-production.

Comment faire un dérushage ?

Importez et nommez tout, visionnez chaque plan une fois en décidant à garder, peut-être ou à écarter, marquez les sélects avec des points d'entrée et de sortie ou des drapeaux, puis triez-les en chutiers avec couleurs, mots-clés et métadonnées pour que chaque plan soit cherchable.

Quel est le but du dérushage ?

Transformer des heures d'images non étiquetées en une banque de sélects rapide et consultable, pour que le montage avance au rythme du récit et non du défilement. Il permet aussi de décider tôt ce qu'on garde, pendant que la matière est fraîche.

Qu'est-ce que le dérushage vidéo ?

C'est le tri et l'organisation des rushs vidéo avant le montage : on sélectionne les plans utilisables, on les classe et on les étiquette. Le terme s'applique au documentaire, à l'interview, à l'événementiel comme au film de marque.

Comment faire un dérush rapide dans DaVinci Resolve ?

Créez un chutier par scène, utilisez un code fixe de drapeaux et de couleurs de clip pour à garder, peut-être et à écarter, ajoutez des mots-clés pour que les Smart Bins se remplissent seuls, enregistrez les sélects en sous-clips et, si vous récupérez une vidéo déjà montée ou aplatie sans projet, utilisez la détection de plans (Scene Cut Detection) pour la redécouper en ses plans d'origine via les coupures franches existantes (inutile sur des rushs continus). Apprenez les raccourcis d'entrée et de sortie pour ne jamais casser le rythme de visionnage.

Quelle est la différence entre le dérushage et le montage ?

Le dérushage sélectionne et organise les images. Le montage les assemble et raconte l'histoire. Faire la sélection d'abord est ce qui rend le montage rapide.

Comment dit-on dérushage en anglais ?

Il n'existe pas de traduction exacte. Les monteurs parlent de logging ou de culling footage, parfois d'organizing rushes ou de media management.

Sources et références

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